La petite Longovicienne
(la petite sœur de la grande)
(la petite sœur de la grande)
1. Les deux villes peuvent se résumer par deux lettres du milieu et du début ou de la fin de l'alphabet : L.A. versus L.Y.
(Il faut admettre, pour être honnête, que personne n'utilisait réellement le sigle pour désigner Longwy-en-Lorraine avant cette petite chronique d'aujourd'hui, mais avouez que la similarité avec N.Y.C. justifierait presque qu'on le crée effectivement.)
2. Les voitures décapotables de marque représentent une proportion importante du parc automobile – peut-être pas pour les mêmes raisons dans les deux villes : à Longwy, c'est l'argent du Luxembourg qui refait mystérieusement surface, à L.A. les gens achètent à crédit pour faire penser qu'ils sont riches. En revanche, ce qui m'impressionne à Longwy, c'est que des gens puissent acheter une décapotable pour en profiter trois jours dans l'année. A LA, à la limite, je comprends plus...
3. A Longwy et à Los Angeles, il fait beau et chaud chaque année autour du 6 septembre. Le point commun est pour ainsi dire limité à ce jour, mais remarquez que c'est toujours ça de pris.
4. Il est vital de posséder et de pouvoir utiliser une voiture. A LA, les distances sont immenses, la ville est conçue pour la voiture, on prend l'autoroute pour aller au boulot ou dévaliser le Trader Joe's le moins loin. A Longwy, la municipalité en faillite n'a pas les moyens de déneiger les trottoirs ou de boucher les trous dans les grimpettes ni de construire des pistes cyclables; la gare n'a pas de trains pour Metz ou Nancy et, il faut le confesser, il y a peu de commerces intéressants à Longwy même (à moins que vous ne vous connaissiez une passion particulière pour les kébabs ou les pizzas grasses).... ce qui justifie la possession d'un véhicule motorisé.
5. C'est super classe d'habiter en haut de la colline. Les deux villes sont caractérisées par des collines monumentales visibles depuis tous les environs : c'est toujours sympa de voir LA depuis la piscine de sa villa des hauteurs comme les Beach Boys ou de jeter un coup d’œil sur les vignes de Hollywood, et les maisons de Bel Air ne sont pas désagréables non plus; mais tout cela a-t-il la classe d'une citadelle du XVIIe siècle construite par Vauban, classée au patrimoine mondial de l'humanité et surplombant la forêt des grimpettes et le Luxembourg ?
6. Les deux villes ont un musée lié à un élément incontournable de la civilisation industrielle : j'ai eu un jour la chance de visiter le musée de l'automobile à Los Angeles, exhibant des véhicules allant du camion de pompiers rudimentaire du début du XXe siècle à la Batmobile et à la BMW du futur, j'aurai peut-être un jour celle de découvrir le Musée du Fer à Repasser de Longwy.
7. Longwy, Los Angeles, même combat : dans les deux cas, un pays des extrémités du territoire, et si Longwy est si loin à l'Est et LA tant à l'Ouest, c'est peut-être, qui sait ? qu'elles essaient de se rejoindre de l'autre côté de la terre, et, à très long terme, le mouvement des plaques ne leur donnera pas totalement tort. Ce sont des territoires de l'extrême, des au-delà, des plus-loin-encore-que-vous-ne-pouvez-l'imaginer, des think different, géographiquement mais aussi spirituellement.
8. Il est tout aussi difficile de fréquenter une boulangerie. A Los Angeles, vous devez vous contenter du pain des supermarchés, mais gare aux moisissures qui viennent si vite ! À moins de dénicher un Français expatrié avec son pétrin (ils font généralement fortune) ou une chaîne acceptable telle que Le pain quotidien. A Longwy, rien de tout cela : il y a bien une boulangerie (en tout cas à Longwy haut), mais, comme tous les commerces, elle ferme entre midi et deux : à l'heure où, dans la capitale française et toutes les grandes villes du pays, étudiants et cadres supérieurs pressés se bousculent pour acheter un jambon-beurre à 4 euros, les boulangers de Longwy tapent la sieste (ou prennent l'apéro).
9. La ville californienne et la cité lorraine sont toutes deux aussi calmes, de jour comme de nuit. Difficile de croiser âme qui vive dans les rues, sur les trottoirs. Bien sûr, à Los Angeles il y a Hollywood boulevard et Santa Monica qui font exception (je suis encore à la recherche de Longwy plage), mais en dehors de cela, la prépondérance de la voiture fait que les piétons n'existent presque pas et à la limite, préfèrent se retrouver dans des endroits spécifiques comme des maisons des suburbs ou des boîtes de nuit. A Longwy, il n'y a tout simplement plus d'habitants (vivants en tout cas).
10. Longwy, Los Angeles, on se sent chez vous isolé du monde, pour le meilleur comme pour le pire (surtout le meilleur en fait). Longwy, ce sont de longues après-midi de lecture dans le calme, des promenades dans des pays dont vous ignoriez jusqu'à il y a peu l'existence (le Luxembourg, par exemple), des compositions poétiques sur le charme de la pluie et des séances yogiques de méditation sur le Néant. Los Angeles, c'est un rêve à l'état pur, qui vous fait sentir n'importe quel événement qui vous arrive, fût-il en apparence bien grave, avec la distance et même la douceur qu'il pourrait avoir dans un film; c'est un soleil de tous les jours et un optimisme quotidien, omniprésent, qu'on ne trouve nulle part au monde avec autant de légèreté; c'est un lieu qui, quand vous y avez habité, fait que vous ne penserez plus jamais de la même manière de toute votre vie, que vous resterez sous le charme intarissable d'un émerveillement intérieur inextinguible, même si la vie, levant sévèrement son bras cruel que soulève toujours un hasard irrémédiablement aveugle, vous envoyait un jour habiter dans la pluie et le brouillard d'une cité lorraine oubliée.
No comments:
Post a Comment